A quelques jours des élections autonomiques en Catalogne, les tensions sont toujours vives entre les partis indépendantistes qui ont voulu faire de cette élection un plébiscite pour l’indépendance de la Communauté autonome et les partis attachés au maintien de la Catalogne au sein du Royaume d’Espagne. Cette actualité brulante pose plusieurs questions, parmi lesquelles la suivante : qui est responsable de cette escalade ?

Bref retour en arrière : en 2014, le président du gouvernement catalan, Artur Mas, appartenant alors à la coalition électorale CiU (Convergència i Unió, centre-droit autonomiste – en principe), décide d’entamer un bras de fer avec le gouvernement central de Mariano Rajoy, membre du PP (Partido Popular, droite). La fête nationale catalane du 11 septembre 2014 (la Diada) est l’occasion d’une démonstration de force des indépendantistes, auxquels s’est désormais rallié Artur Mas.

Quelques jours plus tard, en application de l’accord signé entre CiU et ERC (Esquerra Republicana de Catalunya, gauche républicaine et indépendantiste) en 2012 pour permettre le maintien d’Artur Mas à la présidence du gouvernement, le Parlement catalan approuve le principe de la tenue d’un référendum sur la question de « l’auto-détermination ».

Artur Mas annoncera ensuite la tenue dudit référendum pour le 9 novembre 2014. Bien sûr, l’opposition du gouvernement espagnole est totale – un tel référendum n’étant absolument pas prévu par la Constitution de 1978. Précédemment, le Parlement espagnol, en avril 2014, et la Cour constitutionnelle, en mars 2014 avaient déjà rejeté toute idée d’auto-détermination.

Sans surprise, la Cour constitutionnelle suspend l’organisation du référendum illégal à la fin du mois de septembre 2014. En réponse, Artus Mas annonce l’organisation d’un « processus de participation populaire » sans aucune valeur légale pour le mois de novembre. Finalement, un peu plus de deux millions de catalans participeront, 80% d’entre eux se prononçant en faveur de la création d’un Etat catalan, indépendant du Royaume d’Espagne.

Revenons quelques peu en arrière. La question catalane est un sujet brûlant depuis des années. Sans revenir à la période de la dictature franquiste, fermement opposée à toute idée de particularismes, il est évident que le débat agite la société catalane, et espagnole, depuis des années. Mais alors, à qui la faute ? Il sera bien présomptueux de désigner un seul coupable – quand bien même un coupable existerait.

A mon sens, la situation actuelle est le fruit d’une incompréhension mutuelle et de provocations continuelles. Le premier fait qui mérite d’être souligné date de 2006. Il s’agit d’une marquée par le rejet par la Cour constitutionnelle espagnole de nombreuses dispositions du nouveau Statut d’autonomie catalan, sorte de loi fondamentale de la Communauté autonome.

La question de l’existence d’une « nation » catalane est ici fondamentale. La Cour rejette tout idée de « nation » autre que la nation espagnole, en application de la Constitution de 1978, qui reconnaît certes des « nationalités », mais ne parle jamais de nation autre que la nation espagnole.

Il faut reconnaître que la situation est complexe. Mais quoi qu’il en soit, il me semble que l’on peut faire naître les difficultés actuelles à ce moment-là. Il est également indispensable de garder à l’esprit l’existence de conflits, très nombreux, au sujet de l’enseignement en langue catalane et en langue espagnole dans la Communauté autonome.

Au-delà de ces questions, il serait malhonnête de dire que la situation actuelle n’est le fait que des indépendantistes de la première heure et de ceux qui ce sont ralliés à eux, comme Artur Mas et son parti, CDC (Convergència Democràtica de Catalunya), désormais séparé de l’UDC (Unió Democràtica de Catalunya) qui constituait l’autre moitié de feue CiU.

Les provocations sont également le fait du gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, qui a été incapable de traiter correctement la question catalane. Affirmer sans relache qu’il n’existe pas de nation catalane est sans aucun doute une mauvaise stratégie qui ne contribue qu’à radicaliser les posititions indépendantistes et des indécis initialement plus autonomistes que séparatistes. Certains d’entre eux voient en la politique du PP une tentative de recentraliser l’Espagne.

De mon point de vue, la Constitution de 1978 est inadaptée au XXIe siècle. L’Espagne autonomique ne peut être stable tant qu’existeront des revendications indépendantistes aussi fortes. Je reste convaincu qu’un régime fédéral asymétrique serait le meilleur système. Que réclament les catalans si ce n’est une autonomie accrue dans certains domaines qui leur échappent comme les questions fiscales et budgétaires ?

Ces compétences sont aujourd’hui du ressort de l’Etat central, sauf concernant les communautés autonomes du Pays basque et de Navarre. Pourquoi refuser à la Catalogne un pareil traitement ? Certains diront que cela n’a pas empêché l’existence d’un mouvement indépendantiste très puissant au Pays basque. C’est évident.

La question n’est pas satisfaire ou non les revendications indépendantistes, qu’elles soient catalanes, basques, navarraises ou baléares. La question est de savoir quel système permettra à l’Espagne de respecter ses diversités régionales tout en affirmant l’existence d’un fait espagnol. La culture, l’histoire, en un mot, les particularités catalanes sont indéniables.

Je ne m’en cache pas, je suis opposé à l’indépendance de la Catalogne, car je suis persuadé qu’une telle éventualité serait dommageable tant pour la Catalogne que pour l’Espagne. Pour autant, je persiste à considérer que le système constitutionnel espagnol actuel ne peut pas et ne doit en aucun cas constituer une solution aux problèmes qui se posent aujourd’hui. Une réforme constitutionnelle est, à mon sens, indispensable.

C.B.

Photo : Pablo Saludes RodilFlickr

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